Jour 2 : des toilettes de supermarché, une parenthèse parmi les géraniums et une glace à la bière blanche
Nous passons notre première nuit à une trentaine de kilomètres au sud de Munich, tout près de l’Isar. Alors que nous tendons nos tarps au-dessus des Brompton, des frelons, attirés par la lumière de nos lampes frontales, viennent troubler l’installation. Bruyants, impressionnants, et suffisamment proches pour nous tenir en alerte.
Heureusement, la pluie ne tarde pas à faire son apparition. Elle chasse nos visiteurs indésirables et transforme peu à peu l’ambiance. Le martèlement régulier des gouttes sur le tarp finit par couvrir tous les autres sons, et nous accompagne doucement vers le sommeil.
Le lendemain matin, le ciel est dégagé et une légère brise accompagne notre réveil. Le seul son que l’on entend est le murmure de l’Isar, tout près de nous. Nous sommes en train de préparer le café lorsqu’un autre phénomène commence à prendre forme, cette fois dans le ciel. D’après le radar météo de Nils, nous avons tout intérêt à accélérer et à trouver un abri rapidement.
La suite est sans doute notre portion la plus rapide depuis le début du voyage. Direction le supermarché Rewe de la zone d’activités de Wolfratshausen. En lieu et place d’un petit-déjeuner idyllique au bord de l’Isar et de ses eaux claires, nous nous retrouvons au bord d’une route où les voitures défilent à toute vitesse.
Mais il y a des petits pains frais. Et surtout, des toilettes impeccables. Ce qui, dans certaines circonstances, compte presque autant que le paysage.
Nous décidons de rouler pendant une heure entière sans nous arrêter. Douze minutes plus tard, une corde suspendue au bord de l’Isar nous oblige à revoir nos ambitions à la baisse. Impossible de passer devant sans faire une pause.
Cette fois, cependant, nous parvenons ensuite à maintenir un bon rythme… jusqu’à ce qu’un distributeur automatique à la ferme apparaisse au bord de la route. Les règles étant les règles, nous n’avons d’autre choix que de nous arrêter.
Résultat : une dégustation improvisée de glaces artisanales aux parfums étonnamment créatifs. Au menu : cheesecake, beurre fermenté et bière blanche. Un mélange de notes sucrées, salées et légèrement amères, aussi inattendu que réussi. Et, contre toute attente, absolument délicieux.
L’itinéraire est spectaculaire. Pour nous, qui venons du nord de l’Allemagne, cela faisait des années que nous n’avions pas passé de temps au pied des Alpes. Les paysages, comme l’architecture, ont quelque chose d’irréel. Avec leurs façades impeccables et leurs balcons débordant de géraniums, les fermes traditionnelles semblent tout droit sorties d’un décor de cinéma.
Et puis il y a l’Isar. Une rivière presque difficile à croire tant elle est belle. Comment une eau aussi claire et d’un bleu aussi intense peut-elle traverser Munich, puis devenir encore plus éclatante à mesure que l’on remonte vers le sud ? Plus nous avançons vers les montagnes, plus ses reflets prennent cette teinte bleu glacier presque lumineuse, transformant chaque détour du chemin en un paysage dont on ne se lasse pas.
Jour 3 : rouler, plier, profiter
À quatre-vingts kilomètres au sud de Munich, nous passons la nuit sous nos tarps, baignés par la lumière d’une lune presque pleine. Le lendemain matin, nous prenons notre temps. Vraiment notre temps. Mais difficile de faire autrement : l’endroit est tout simplement magnifique. Trop beau pour être quitté trop vite.
Le petit-déjeuner s’étire, le café aussi. Autour de nous, la nature est omniprésente, au point de donner l’impression d’être partis depuis bien plus longtemps que quelques jours seulement. Une sensation rare : celle d’avoir déjà trouvé le bon rythme, parfaitement accordé à celui du voyage.
Lorsque le soleil finit par émerger derrière la montagne, il se fait immédiatement écrasant. Pas un nuage à l’horizon, pas la moindre parcelle d’ombre. Nous appuyons donc un peu plus fort sur les pédales de nos Brompton, ne serait-ce que pour créer un léger courant d’air rafraîchissant.
Puis nous décidons de rejoindre l’autre rive de l’Isar par l’itinéraire le plus direct qui soit. Après tout, lorsqu’il fait aussi chaud, traverser la rivière est bien trop tentant pour s’en priver.
Les vélos sur les épaules, les pieds dans une eau cristalline et glacée. De ces moments simples qui résument à eux seuls tout l’esprit du voyage.
Le réservoir de Sylvenstein, pourtant l’un des spots photo les plus connus de l’Isarwinkel, nous laisse finalement assez indifférents. Le niveau de l’eau est particulièrement bas et la lumière beaucoup trop dure. Nous décidons donc de ranger les appareils et de poursuivre notre route sans chercher à capturer l’image que nous étions venus voir.
Au fond, cela résume assez bien notre façon de voyager. On construit souvent un itinéraire autour de quelques images que l’on a déjà en tête, puis on part à l’aventure pour découvrir tout autre chose. Et bien souvent, ce sont ces découvertes inattendues qui marquent le plus. Des scènes que l’on n’avait ni anticipées ni recherchées, mais qui s’avèrent finalement bien plus intéressantes et mémorables que celles que l’on imaginait avant le départ.